C’est fini !

C’est ma dernière séance aujourd’hui.

Pas que j’ai envie d’y retourner.
Juste histoire de dire merci à Nora, à Stella, à Solène et aux autres… Je ne les ai pas applaudies mais je ne les oublierai pas.

Pas plus que le CHU, le « chu » comme ils disent ici. Véritable ville dans la ville, avec ses blocs, ses rues, ses parkings.
Il m’aura fallu quelques cures pour m’y retrouver.

Et puis je dirai aussi au revoir à ceux qui seront là, les jeunes, tout jeunes quelquefois, les vieux, comme moi, les très vieux et les moins vieux. Les hommes, les femmes, tous mélangés. Celles qui ont le regard incrédule, ceux qui ont le regard fatigué. Celui-là qui est en chimio depuis 2016, cette autre à qui on propose un protocole expérimental, parce que deux rechutes déjà. Et ce vieillard, qui dort chaque fois que je le croise, bonnet marin sur le crâne, sa belle cossue près de lui. Trop jeune pour être sa fille, trop décorée d’or…

Tout un monde dans une bulle, fermée aux autres, même à ceux qui savent, un monde qui ne se dit guère.

Ce soir, je vais encore délirer, me traîner jusqu’au lit. Demain je me battrai encore avec moi pour bouger, pour ne pas m’enfoncer. Et puis les poils, les ongles, les cheveux repousseront. Les muscles peut-être aussi…

Le ministre et le canapé

Je sais que ça n’est pas le lieu, mais j’ai une petite histoire à raconter…
Dimanche matin, je prends le sac à déchets recyclables pour déposer mes cartonnettes et autres plastics dans leur bac collectif.

Malheureusement l’incivilité a encore frappée. Il déborde de partout, et en plus, un vieux canapé pourri a été déposé devant. Et une baignoire à bébé fendue également. Retour à la maison, on essaiera une autre fois.

Ce matin, c’est chimio, je me lève tôt. Deux cars de CRS sont garés devant les bacs, en train de rassembler les déchets, de fouiller les sacs. Oups! La mairie ne rigole pas ici. Deux cars de CRS pour un canapé en vrac. Ça risque de chauffer pour ceux qui ont laissé ça.

Je quitte la maison, ils sont toujours là, je passe devant le bureau de police voisin pour rejoindre l’arrêt de bus. Je vais à la chimio en bus et en métro, j’en reviens en vrac, moi aussi. La presse est là, photographes, caméra de France3 Rennes… Tout ça pour un vieux canapé qui traîne?

Arrivé au bout de la rue, des cars de CRS sont planqués, des motos aussi. Ça discute à l’arrêt de bus. Et la réponse arrive. Ça n’est pas le canapé, ni même la baignoire à bébé. Encore moins le dépôt d’ordures sauvage. C’est juste le ministre de l’Intérieur qui vient visiter un petit commissariat de quartier.

Je vous dirai ce soir si le canapé est toujours là. Et la baignoire…

Délires d’après chimio

Chimio, métro, dodo…

Positivons… La chimio lutte très efficacement contre les cheveux blancs.

Sois fort… Bats-toi…
Euh… contre qui?
Le cancer c’est moi. Je ne vais quand même pas me flanquer une trempe!

La nuit, je dors. Je saucissonne,
J’la coupe en tranches de  deux heures.
La nuit remontent
des souvenirs des temps heureux,
des  cauchemars d’enfant tout  frais
La nuit  je  dors…

La pluie qui vient

Orage qui vient

Début juin. Il fait chaud, sans plus. Les températures sont agréables. Pas comme l’année dernière où le thermomètre avait flirté avec les cinquante degrés. L’air brûlait les paupières.

La nuit, je dors. La fenêtre est ouverte, le brasseur d’air rafraîchit le corps. La rue est calme, malgré le Ramadan. Quelquefois un chien aboie. Anne-Marie dort paisiblement.

Cette nuit, dans un demi-sommeil, j’ai entendu un bruit sourd, persistant. Une sorte de grondement. Un orage. La pluie qui frappe le sol. Non. Éveillé, je reconnais le bruit d’une carriole, sans doute un chiffonier matinal.

Et de me rappeler ces moments d’avant la pluie. Le silence de l’air immobile. Les odeurs de terre qui s’exhalent. Et la première goutte qui tombe. Lourde. Suivie d’une autre, et d’une autre. Un grondement sourd quelquefois les accompagne. Et puis c’est l’averse brutale, les bourrasques, les éclairs, le tonnerre, la folie d’un orage.

Deux ans d’Égypte. Deux ans sans pluie. Deux ans de soleil, de poussière, de vent. Curieux, ce souvenir qui m’envahit brusquement. Et puis je me rendors.

 

Trou de souris

Pas facile, dans certain pays, de se sentir libre. Lorsqu’on se promène sur Internet, on peut y avoir une impression d’ouverture, de liberté, on a accès à de nombreux sites de presse, à Wikipedia, à facebook, comme en France.

Mais quelquefois, pour des raisons qui peuvent être futiles, on tombe sur une porte fermée, qui nous rappelle la longueur de notre laisse. Nous, on regarde la télévision française, par satellite, et il arrive qu’une émission soit tard, ou qu’on soit absent ce soir-là. Le replay est devenu une habitude. Sauf qu’ici, et ailleurs à l’étranger, pour des raisons de droits, ce n’est pas possible.

Alors on triche, on utilise un réseau virtuel, une espèce de tuyau qui fait croire au site web qu’on est en France, et pas ailleurs. Pareil, si on veut acheter un produit introuvable dans son pays, un coup de réseau virtuel et on est ailleurs. Une habitude.

C’est très pratique, et les petits malins qui ne sont pas d’accord avec leur gouvernement, qui veulent organiser leurs actions, ou simplement témoigner les utilisent aussi, ces tuyaux-là. Mais depuis quelques temps, l’étau se reserre ici, on bute de plus en plus sur des portes fermées, il est de plus en plus difficile de les paramétrer, ces réseaux.

Il m’a fallu batailler toute une journée, utiliser les services de l’oignon(*), trouver la bonne passerelle, pour arriver à trouver le trou de souris par lequel je poste ce texte, et accessoirement je réactive un bout de ma liberté.

(*) métaphore pour un service multicouche destiné à se perdre dans l’anonymat du réseau.

 

 

Sha’ab Samadai

Sha’ab Samadai, c’est le nom d’un récif corallien en forme de fer à cheval qui affleure, au large de la côte égyptienne. La Mer Rouge est ici plutôt rude, bleu profond ou gris acier lorsque le ciel blanchit. Le vent souffle souvent violemment à cette période de l’année.

Samadai

Ce récif a dû être en d’autre temps un danger pour les navires qui remontaient vers le nord ou se dirigeaient vers le Soudan. C’est aujourd’hui un refuge pour les plongeurs mais surtout pour les dauphins. La partie nord du lagon est interdite à la navigation et on peut y nager en compagnie des dauphins. Et si pas de dauphin, on aura toujours les coraux et les poissons, les tortues et les requins.

Face au vent

Le retour vers le port sera rude, face au vent, mais égayé par un groupe de dauphins venus jouer avec notre bateau.

L’accès au site est géré par l’association HEPCA, qui a installé le balisage et contingente le nombre de plongeurs, pour assurer la tranquillité des dauphins. Le financement de cette association est original, puisqu’elle tient ses revenus du recyclage des déchets de la ville d’Hurghada comme des redevances qu’elle fait payer aux plongeurs.

El gola’an

Toujours sur la Mer Rouge, au sud de Marsa Alam, non loin du Cap Banas, voilà encore un site géré par l’association HEPCA. C’est une plage magnifique, un espace où s’arrêtent de nombreux oiseaux, bordé d’un récif corallien, mais aussi d’une mangrove.

sur la plage

L’association assure la protection du site. Pour cela elle en aménage l’accès, organise le cheminement et implique la population locale. C’est une tribu bédouine du sud, les Ababda, dont elle améliore l’habitat, maison de bois, mais aussi panneaux photovoltaïques et accès à l’eau.

village el gola'an

En échange, les bédouins assurent la nourriture des volontaires qui reconstruisent leur village et profitent du passage des touristes pour vendre leur artisanat. Ils tiennent également un restaurant qui les régale de poissons et de langoustes grillés.

vendeuse de bracelets ethniques

La redevance payée par les visiteurs va permettre de financer l’opération, le bois des constructions provenant du recyclage d’échafaudages récupérés sur des chantiers cairotes.

paletuvier

La plage a un petit côté paradisiaque…

Au fil du Nil

C’était à Noël, une remontée du Nil à la voile, tranquille et apaisante, loin de l’agitation de la capitale. Certes, il a fait froid, mais ce fut l’occasion de voir des temples, majestueux ou non, des villes, anciennes et modernes, des jardins et des déserts. L’Égypte, tout simplement.

Un lien vers un diaporama ici…

Wadi Al Rayan

Au sud-ouest du Caire, il y a toute une série de dépressions dans lesquelles se déverse une partie des eaux du Nil. On y trouve deux lacs salés, dont le plus élevé et le plus grand est le lac Qarun. On y trouve du poisson de mer, en plein désert ! Au sud du lac, une immense oasis, le Fayum, plus d’un millions d’habitants, des oliveraies, des palmeraies, mais aussi des cultures maraîchères, et de l’artisanat.

Fishermen boats

Plus au sud, on trouve encore quelques lagunes alimentées par un surplus d’eau du lac Qarun. Et après c’est le désert occidental, le désert libyque. Des roches couleur d’ocre, des fossiles, des milliers de fossiles et des dunes de sable qui traversent lentement ce paysage martien.

Magic Lake

Au détour d’un rocher, la piste nous amène au bord d’un petit lac sorti de nulle part, un petit lac adossé à un train de dunes. Magic Lake. Il doit son nom à cette eau qui semble sourdre du sable. En fait, un simple affleurement de la nappe phréatique. Salée, car le sol n’est que le fond d’une ancienne mer aujourd’hui disparue, qui allait de la Méditerranée au Pakistan.

Colonne vertébrale de baleine
Colonne vertébrale de basilosaurus, ancêtre marin de la baleine

A quelques dizaines de kilomètres d’ici, on trouve même un étrange endroit, Wadi Al Hittan, la Vallée des Baleines. Ce sont les traces d’une mangrove fossilisée, dont le fond est parcouru de squelettes de baleines encore intacts. Le vent a pris la place des vagues pour sculpter ces formes étranges. Le grès qui les composé est un amalgame de coquillages, de coraux, d’arêtes de poissons, de racines… de tout ce qui fit une mangrove sur les bord d’un océan appelé Thétys.

La vallée des baleines
La vallée des baleines

Transport aléatoire

Au Caire, il ne se passe guère de jour où l’on assiste à un spectacle cocasse, ou dramatique. Les camions qui perdent leur chargement sont fréquents, entraînant souvent d’énormes embouteillages. Pastèques, bouteilles d’eau, sacs de riz, de ciment,  raisins… j’aurais vu un peu toutes les marchandises traîner sur le Ring.

Cette camionnette ne déroge pas  la règle. Son chargement de sacs aura du mal à atteindre le Mokattam où les chiffonniers essaieront de valoriser ces déchets.