La pluie qui vient

Orage qui vient

Début juin. Il fait chaud, sans plus. Les températures sont agréables. Pas comme l’année dernière où le thermomètre avait flirté avec les cinquante degrés. L’air brûlait les paupières.

La nuit, je dors. La fenêtre est ouverte, le brasseur d’air rafraîchit le corps. La rue est calme, malgré le Ramadan. Quelquefois un chien aboie. Anne-Marie dort paisiblement.

Cette nuit, dans un demi-sommeil, j’ai entendu un bruit sourd, persistant. Une sorte de grondement. Un orage. La pluie qui frappe le sol. Non. Éveillé, je reconnais le bruit d’une carriole, sans doute un chiffonier matinal.

Et de me rappeler ces moments d’avant la pluie. Le silence de l’air immobile. Les odeurs de terre qui s’exhalent. Et la première goutte qui tombe. Lourde. Suivie d’une autre, et d’une autre. Un grondement sourd quelquefois les accompagne. Et puis c’est l’averse brutale, les bourrasques, les éclairs, le tonnerre, la folie d’un orage.

Deux ans d’Égypte. Deux ans sans pluie. Deux ans de soleil, de poussière, de vent. Curieux, ce souvenir qui m’envahit brusquement. Et puis je me rendors.

 

Trou de souris

Pas facile, dans certain pays, de se sentir libre. Lorsqu’on se promène sur Internet, on peut y avoir une impression d’ouverture, de liberté, on a accès à de nombreux sites de presse, à Wikipedia, à facebook, comme en France.

Mais quelquefois, pour des raisons qui peuvent être futiles, on tombe sur une porte fermée, qui nous rappelle la longueur de notre laisse. Nous, on regarde la télévision française, par satellite, et il arrive qu’une émission soit tard, ou qu’on soit absent ce soir-là. Le replay est devenu une habitude. Sauf qu’ici, et ailleurs à l’étranger, pour des raisons de droits, ce n’est pas possible.

Alors on triche, on utilise un réseau virtuel, une espèce de tuyau qui fait croire au site web qu’on est en France, et pas ailleurs. Pareil, si on veut acheter un produit introuvable dans son pays, un coup de réseau virtuel et on est ailleurs. Une habitude.

C’est très pratique, et les petits malins qui ne sont pas d’accord avec leur gouvernement, qui veulent organiser leurs actions, ou simplement témoigner les utilisent aussi, ces tuyaux-là. Mais depuis quelques temps, l’étau se reserre ici, on bute de plus en plus sur des portes fermées, il est de plus en plus difficile de les paramétrer, ces réseaux.

Il m’a fallu batailler toute une journée, utiliser les services de l’oignon(*), trouver la bonne passerelle, pour arriver à trouver le trou de souris par lequel je poste ce texte, et accessoirement je réactive un bout de ma liberté.

(*) métaphore pour un service multicouche destiné à se perdre dans l’anonymat du réseau.

 

 

Sha’ab Samadai

Sha’ab Samadai, c’est le nom d’un récif corallien en forme de fer à cheval qui affleure, au large de la côte égyptienne. La Mer Rouge est ici plutôt rude, bleu profond ou gris acier lorsque le ciel blanchit. Le vent souffle souvent violemment à cette période de l’année.

Samadai

Ce récif a dû être en d’autre temps un danger pour les navires qui remontaient vers le nord ou se dirigeaient vers le Soudan. C’est aujourd’hui un refuge pour les plongeurs mais surtout pour les dauphins. La partie nord du lagon est interdite à la navigation et on peut y nager en compagnie des dauphins. Et si pas de dauphin, on aura toujours les coraux et les poissons, les tortues et les requins.

Face au vent

Le retour vers le port sera rude, face au vent, mais égayé par un groupe de dauphins venus jouer avec notre bateau.

L’accès au site est géré par l’association HEPCA, qui a installé le balisage et contingente le nombre de plongeurs, pour assurer la tranquillité des dauphins. Le financement de cette association est original, puisqu’elle tient ses revenus du recyclage des déchets de la ville d’Hurghada comme des redevances qu’elle fait payer aux plongeurs.

El gola’an

Toujours sur la Mer Rouge, au sud de Marsa Alam, non loin du Cap Banas, voilà encore un site géré par l’association HEPCA. C’est une plage magnifique, un espace où s’arrêtent de nombreux oiseaux, bordé d’un récif corallien, mais aussi d’une mangrove.

sur la plage

L’association assure la protection du site. Pour cela elle en aménage l’accès, organise le cheminement et implique la population locale. C’est une tribu bédouine du sud, les Ababda, dont elle améliore l’habitat, maison de bois, mais aussi panneaux photovoltaïques et accès à l’eau.

village el gola'an

En échange, les bédouins assurent la nourriture des volontaires qui reconstruisent leur village et profitent du passage des touristes pour vendre leur artisanat. Ils tiennent également un restaurant qui les régale de poissons et de langoustes grillés.

vendeuse de bracelets ethniques

La redevance payée par les visiteurs va permettre de financer l’opération, le bois des constructions provenant du recyclage d’échafaudages récupérés sur des chantiers cairotes.

paletuvier

La plage a un petit côté paradisiaque…

Au fil du Nil

C’était à Noël, une remontée du Nil à la voile, tranquille et apaisante, loin de l’agitation de la capitale. Certes, il a fait froid, mais ce fut l’occasion de voir des temples, majestueux ou non, des villes, anciennes et modernes, des jardins et des déserts. L’Égypte, tout simplement.

Un lien vers un diaporama ici…

Wadi Al Rayan

Au sud-ouest du Caire, il y a toute une série de dépressions dans lesquelles se déverse une partie des eaux du Nil. On y trouve deux lacs salés, dont le plus élevé et le plus grand est le lac Qarun. On y trouve du poisson de mer, en plein désert ! Au sud du lac, une immense oasis, le Fayum, plus d’un millions d’habitants, des oliveraies, des palmeraies, mais aussi des cultures maraîchères, et de l’artisanat.

Fishermen boats

Plus au sud, on trouve encore quelques lagunes alimentées par un surplus d’eau du lac Qarun. Et après c’est le désert occidental, le désert libyque. Des roches couleur d’ocre, des fossiles, des milliers de fossiles et des dunes de sable qui traversent lentement ce paysage martien.

Magic Lake

Au détour d’un rocher, la piste nous amène au bord d’un petit lac sorti de nulle part, un petit lac adossé à un train de dunes. Magic Lake. Il doit son nom à cette eau qui semble sourdre du sable. En fait, un simple affleurement de la nappe phréatique. Salée, car le sol n’est que le fond d’une ancienne mer aujourd’hui disparue, qui allait de la Méditerranée au Pakistan.

Colonne vertébrale de baleine
Colonne vertébrale de basilosaurus, ancêtre marin de la baleine

A quelques dizaines de kilomètres d’ici, on trouve même un étrange endroit, Wadi Al Hittan, la Vallée des Baleines. Ce sont les traces d’une mangrove fossilisée, dont le fond est parcouru de squelettes de baleines encore intacts. Le vent a pris la place des vagues pour sculpter ces formes étranges. Le grès qui les composé est un amalgame de coquillages, de coraux, d’arêtes de poissons, de racines… de tout ce qui fit une mangrove sur les bord d’un océan appelé Thétys.

La vallée des baleines
La vallée des baleines

Transport aléatoire

Au Caire, il ne se passe guère de jour où l’on assiste à un spectacle cocasse, ou dramatique. Les camions qui perdent leur chargement sont fréquents, entraînant souvent d’énormes embouteillages. Pastèques, bouteilles d’eau, sacs de riz, de ciment,  raisins… j’aurais vu un peu toutes les marchandises traîner sur le Ring.

Cette camionnette ne déroge pas  la règle. Son chargement de sacs aura du mal à atteindre le Mokattam où les chiffonniers essaieront de valoriser ces déchets.

Voyage express

il nous a fallu rentrer d’urgence en France pour quelques jours. Billets pris la veille du départ. Des prix pas tout ce qu’il y a de sympathiques, mais c’est la règle, qu’y faire? Seule bonne nouvelle, il ne devait plus y avoir de place en classe Economy et nous nous sommes retrouvés surclassés. Champagne au petit déjeuner, saumon, avec Pomerol ou Brouilly, au choix. Des sièges confortables, transformables en lit, des écouteurs avec réducteur de bruit… Le paradis pour les longs voyages en avion. Dommage, c’était pour un saut de puce. Mais Bon, la nappe blanche c’était top!

Au retour, pas de byzness class, mais un avion tout neuf, un nouveau Boeing pour Air France. Un vol inaugural Paris-Cairo, en quelque sorte, le pilote est fier de l’annoncer. Et puis plus rien. Au bout d’un quart d’heure, le pilote annonce que le push, le tracteur qui doit tirer l’avion sur la piste, ne s’adapte pas à l’avion, que le second non plus. Qu’on est allé en chercher un troisième. Merci pour notre patience, qu’il dit.

On a fini par décoller. Il fait beau, il y a du soleil. Je suis près du hublot et il commence à faire chaud. Il n’y a pas de volet à descendre mais des touches sensitives : c’est magique, on peut obscurcir le hublot, il devient presque opaque. La vitre absorbe la lumière ! Au bout de cinq minutes, cela devient intenable. Le hublot se comporte comme un radiateur ! La lumière est transformée en chaleur, un élève de terminale aurait pu le prévoir. Le voyage se transforme en calvaire.

Plus tard, Au-dessus des nuages, on croisera un autre avion. le pilote prend à nouveau la parole. Il y a le wifi à bord, avec accès Internet. J’essaie. Rien. Quelques minutes plus tard, le pilote, encore lui, s’excuse. Ça ne marche pas, mais ils vont régler le problème sous peu. Et puis juste avant l’atterrissage, c’est encore le pilote qui s’excuse, le wifi n’a pas marché. Ceux qui ont payé pourront se faire rembourser… Parce qu’il fallait payer.

Arrivée au Caire, dans le nouveau terminal. Tout est nouveau pour ce voyage, décidément. Les pompiers arrosent l’avion, en guise de baptême. Et dans un coin, du terminal, le staff d’Air France, costumes pingouins coincés. Sont-ils fiers de ce vol inaugural ?

Petit matin tranquille

La circulation est souvent chaotique au Caire, quelquefois pour des raisons incongrues, et pour un rien, un bouchon se forme. Il est sept heures, les réseaux sociaux se réveillent. Conversation d’enseignants à l’approche de l’école de Smart Village.

Y : Bonjour mon bus vient juste de me prendre à Dreamland. Donc gros retard pour moi ce matin. Bus 22.

Mh : Gros bouchon à l’entrée de Smart.

M : Mehwar bloqué aussi.

A : Oui je confirme. On est le bus 35 et je vois le bus 54 juste devant nous. Retard probable ou arrivée pile-poil au mieux.

Mh : Passé la flaque d’eau ça se dégage…

Y : Pfff…

A : J’adore ce pays. C’est toujours des situations cocasses.

M : Il nous font détourner par Da2iri ! Accident sur Mehwar.

Y : Je suis maintenant bloqué dans un énorme bouchon sur la route Cairo-Alexandrie au niveau du pont du Mahwar. Ça n’avance pas, je vois le bus 53 et un autre dont je ne distingue pas le numéro.

L : Retard pour ma part aussi.

A : On est bloqué bien avant le Dandy Mall et il y a plein d’autres bus de l’école.

Y : Oui, donc je ne suis pas loin de A.

A : Haha ! Pareil, moi je vois le 47 et le 49 en plus du 54 et de notre 35.

A : Ça y est, nous avons passé le tsunami.

M : Je suis en plein dedans.

Y : Et moi encore très loin de Dandy.

L : Moi au niveau de Dandy, enfin…

Y : La petite flaque avant Dandy Mall, c’est ça le tsunami ? Où il y a autre chose ?

L : Nan Nan ! C’est ça le « tsunami »… Je m’attendais moi aussi à une vraie flaque d’eau….

Pour comprendre ce dialogue, il faut savoir que l’école est située près de la route Le Caire-Alexandrie, après le pont du Mehwar qui amène la circulation des banlieues ouest du Caire, après également le centre commercial Dandy Mall. Les élèves viennent tous en bus ou en voiture à l’école.

Un peu de pub

Inflation, chute de la livre, misère envahissante. La crise est très prégnante en ce moment en Égypte, malgré l’aide du FMI qui vient d’apporter quelques milliards de dollars. Pendant des semaines les conversations tournaient autour d’un appel à descendre dans la rue pour faire une nouvelle révolution. Quelques inconscients sont sortis vendredi dernier, mais l’armée était là pour les calmer.

Il y a quand même de bonnes nouvelles. En face de la maison, on trouve Ma7ali, une boutique montée par de jeunes égyptiens militants qui offrent des produits locaux, miel du Sinaï, huiles d’olive des oasis, pain shamsi, pain baladi et toutes sortes de fruits et légumes cultivés sans intrants ni pesticides. Elle valorise ainsi les produits des petits paysans locaux. Ma7ali est un jeu de mot qui peut se traduire par « comme à la maison ». C’est dans la rue 11, entre la 85 et la 86.

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Et à quelques numéro de là, il y a Madaar. C’est une petite structure qui propose des ateliers artistiques, un espace de co-working et, tous les samedis soirs des concerts de jazz, de musique égyptienne ou de musique classique. Et même une nuit consacrée à la danse. La semaine dernière le groupe Bahiyya a rempli la petite salle. On peut s’en faire une idée ici.

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Plus excitant, il y a ce projet qui débarque en Égypte. Word Project, c’est le premier collectif de slameurs du Caire. Ils se réunissent tous les mois dans des lieux différents. Leur base reste la petite scène de Madaar, au 2 de la rue 11.  Les photos, je les ai piquées sur leur Facebook. Merci à eux.